Christopher Lao-Thiane
Insights · Exécution

Trois procédures étaient mortes sur le terrain. Personne ne l'avait signalé.

Christopher Lao-Thiane · Fractional CMO · Exécution

Illustration : trois fiches de procédure vides et inertes, et une quatrième à laquelle une preuve de réalisation est agrafée, seule reliée à la suite

Sur un réseau retail multi-pays, j'ai mis en place trois dispositifs simples. Un formulaire de satisfaction client à faire remplir. Une photo quotidienne de chaque point de vente. Une session de formation pour les équipes en boutique. Les trois sont morts, et personne ne me l'a dit.

Le formulaire : un responsable n'en a jamais envoyé un seul. Les photos : arrêtées par les trois points de vente concernés, sans explication. La formation : relancée deux fois, jamais exécutée.

Aucune de ces trois morts n'a produit une alerte, un message, une remontée. Elles se sont vues au moment où je suis allé chercher les résultats, plusieurs semaines plus tard.

Le point commun n'est pas celui qu'on suppose

Le réflexe est de conclure à un problème de discipline, ou de charge de travail. Les deux existent, et aucun des deux n'explique le schéma.

Le point commun réel est le suivant : aucune des trois procédures n'exigeait une preuve de réalisation. Elles décrivaient un geste à faire, pas un objet à produire. Une procédure sans objet à produire n'a aucune façon d'échouer visiblement, donc elle échoue silencieusement.

La correction, en une ligne

La preuve devient l'objet de la tâche, pas la procédure.

La tâche n'est plus « faire remplir le formulaire de satisfaction », elle est « déposer les formulaires remplis de la semaine ». Elle n'est plus « photographier le point de vente », elle est « la photo du jour est dans le dossier partagé ». Ce qui est demandé devient vérifiable sans avoir à demander.

La différence paraît cosmétique. Elle ne l'est pas : dans le premier cas, l'absence de résultat se constate en interrogeant quelqu'un, ce qui est coûteux socialement et se remet donc à plus tard. Dans le second, elle se constate en ouvrant un dossier.

Une remontée de terrain qui disait autre chose

En creusant, un responsable de point de vente m'a expliqué un problème qui n'était pas de la mauvaise volonté. Cinq références revenaient à chaque inventaire malgré des annulations faites, dont une depuis plusieurs mois. Sa remarque, en substance : les annulations qu'ils effectuent ne laissent aucune trace dans l'outil, seulement dans la conversation.

Ce n'était pas une erreur de saisie de leur part, c'était l'absence de trace d'annulation dans le système. Ils faisaient le travail, l'outil ne le montrait pas, et personne au siège ne les croyait.

Une équipe à qui vous demandez trois fois une chose qu'elle a déjà faite cesse rapidement de répondre. Ce que j'avais lu comme un défaut d'exécution était en partie un défaut d'enregistrement.

Ce que le tri a montré

J'ai repris l'ensemble des opérations ouvertes, quatre-vingt-dix lignes. Celles portées par les deux responsables marketing sont passées de quarante-trois à vingt et une en une seule session de travail : dix fermetures, quatorze réaffectations, neuf créations.

Le chiffre qui compte est celui des réaffectations. Un tiers des lignes déclarées bloquées ne l'étaient pas. Elles étaient adressées à la mauvaise personne, et attendaient depuis des semaines devant quelqu'un qui n'avait ni le mandat ni l'information pour les traiter.

Une liste de tâches qui ne se relit pas devient une liste de reproches. Chaque ligne ancienne pèse sur la personne à qui elle est attribuée, y compris quand elle n'aurait jamais dû lui être attribuée.

Les quatre questions que je pose maintenant avant de déployer une procédure

Quel objet cette tâche produit-elle, et où atterrit-il. Si la réponse est « rien » ou « ça se voit sur le terrain », la procédure est déjà morte.

Qui constate l'absence, et en combien de temps. Un manquement qui se découvre au bout de six semaines n'est pas un manquement, c'est une donnée perdue.

Le système enregistre-t-il ce que la personne fait réellement, y compris les annulations, les reprises et les exceptions. Sinon vous mesurerez l'outil et pas le travail.

Et la dernière, la plus utile : à qui cette ligne est-elle attribuée, et cette personne a-t-elle le pouvoir de la faire.

Pour aller plus loin : la méthode, et l'étude de cas un budget groupe, neuf budgets pays, une seule règle.

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